“Si, par amour des bois, un homme s’y promène pendant la moitié de la journée, il risque fort de passer pour un fainéant.
Si, au contraire, il emploie toutes ses journées à spéculer, à raser les bois et à rendre la terre chauve avant son heure, on le tiendra en haute estime, on verra en lui un homme industrieux et entreprenant.
Est-ce donc qu’une ville ne porte d’intérêt à ses forêts que pour les faire abattre ?”
H. D Thoreau 

Parfois, je pars dans les bois, je sillonne la campagne, je vais demander conseil à la mer et j’écoute les réponses du vent. Mais une culpabilité tenace me noue les entrailles: c’est l’heure au travail, pas à l’oisiveté. Parfois, elle m’empêche même de sortir: il y a plus important à faire, il y a du prioritaire, de l’important et un temps pour tout. Il faut être raisonnable et responsable. Mes envies ne font pas le poids. Cette voix me coupe de cette nature salutaire car elle ne fait pas partie de la vie, du quotidien, des priorités, du travail… Travailler, c’est être enfermé. C’est être assis sur une chaise. 

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Combien de fois à l’école avons-nous rêvé de faire cours dehors sous les rayons du soleil et le regard bienveillant des oiseaux? Pourtant, est-ce que ça empêche les professeurs de parler et les oreilles d’écouter? Mais ce n’est pas ce qui est prévu. Pourtant, dans mes études, j’ai eu la chance à de nombreuses reprises de faire classe en extérieur, de parcourir les champs à la recherche de variétés de trèfles ou de marcher dans la forêt en demandant leurs noms aux plantes à grands coups de flore botanique. Ce sont les meilleurs moments de mes études. Ceux où j’ai appris le plus de choses intéressantes, ceux où je me sentais complètement à ma place, le sourire aux lèvres. J’avais le droit d’être dehors et c’était même du travail, pour une fois. Je me sentais autorisée à profiter pleinement de ces instants.

Pourtant, dans la vie active, le travail n’est pas lié à la nature. Il y a dans mon histoire personnelle, une souffrance indicible d’être coupée de la nature et d’en être éloignée, encore et encore. Une espèce de mur qui se dresse à chaque fois entre nous. On ne se rejoint que pour les vacances, ces longs treks d’une semaine, à parcourir les étendues sauvages, sans se soucier d’autre chose que de l’eau de boisson et de la pitance. On ne se rejoint que le soir ou le week-end pour une heure, quand tout le reste est terminé, quelques miettes de temps pour se parler. On s’aperçoit par la fenêtre de la voiture en allant au travail, on se fait des clins d’oeil du 3eme étage en pensant à nos retrouvailles. Elle est là, dans mon coeur, mais je suis coupée d’elle. Si je vole un peu de temps sur le planning, pour aller la voir comme un amour secret, je me sens coupable. Comme un amour impossible, il faut toujours revenir au raisonnable de la vie « normale ». 

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Ce lien entre toute activité humaine et la nature est à créer de toute pièce, à réinventer. Le lien entre nature et exploitation, asservissement de celle-ci est lui à déconstruire de toute urgence. Pour une nouvelle forme de collaboration.

Hier, j’ai failli ne pas revenir. Je randonnais, la nuit tombait, sous les arbres, les grenouilles se sont mises à chanter, le vol des chauves souris commençait son flap-flap nocturne.

Encore un peu de temps, encore un peu dans ce cocon rassurant. Les bruits s’intensifient quand la pénombre tombe, les odeurs changent aussi avec comme une humidité qui retombe. Faut-il revenir ou juste passer la nuit ici? Je m’arrache à mon hésitation, je me résigne. Une fois de plus. Qui gagne à tous les coups? Quelle est cette force qui me déracine encore et encore? Qui démolit mes aspirations? Qui me donne l’impression d’échouer au quiz de la vie?

Et vous, comment est votre lien à la nature? Fusionnel? Conflictuel? Fragile? Nourrissant? Utilitaire? Salutaire?

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Cécile Mahé
Cécile Mahé

Passionnée par les plantes du monde entier et leurs petits secrets, je partage sur mon blog au gré de mes envies, rencontres, découvertes

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