Ravenala, emblème de Madagascar (Ravenala madagascariensis)

ravenala-madagascariensis

Là où Cuba a son Palmier royal, Madagascar a son Ravenala. Plus connu en français sous le nom d’arbre du voyageur, cet arbre endémique est l’emblème de tout un pays lui aussi. D’ailleurs, c’est lui que l’on retrouve sous forme de dessin stylisé sur le logo de la compagnie aérienne locale, fierté du pays. Et il y a de quoi en être fier (de l’arbre), car ses utilisations nombreuses en font une plante réellement indispensable.

air-madagascar-ravenala-logoLe Ravenala, ni arbre, ni palmier

Quand j’ai offert la dernière fois un livre sur les palmiers, le premier spécimen que la personne a voulu y trouver est le Ravenala. Pas de bol ! C’est pas un palmier. Oups. Non, il a beau avoir de grandes palmes et un un stipe, il ne partage pas de cousinage avec le palmier. Non, en fait, il aurait davantage avoir avec le bananier, car c’est bien une plante herbacée et non un arbre. Il appartient à la famille des Strelitziacées où on retrouve notamment le Strelitzia ou oiseau de paradis, une très jolie fleur tropicale. Mais comment présenter le Ravenala dont le nom signifie « feuille de la forêt » sans évoquer son astucieuse stratégie de pollinisation ?!

Les sources divergent. Mais l’histoire que je préfère est celle-ci. Il attire un innocent oiseau avec de belles fleurs blanches au goût irrésistible. L’oiseau se pose et doit se pencher très en avant pour atteindre le nectar tant convoité. Il se penche, se penche… et paf, la fleur s’ouvre subitement, inondant sa poitrine du pollen. L’affaire est dans le sac, voilà notre volatile transformé en agence matrimoniale pour fleurs de ravenales ! Il ira déposer la précieuse semence sur le pistil des fleurs d’un autre arbre, contribuant bien volontiers à la reproduction de notre Ravenala. Mais ce dernier n’est pas difficile, car la pollinisation peut également être assurée par les lémuriens et les chauve-souris si j’en crois le muséum national d’histoire naturelle de paris où j’avais pris la photo du fruit ci-dessous.

Et cette pollinisation va donner naissance à des fruits magnifiques dont l’arille (= l’enveloppe charnue autour de la graine) bleu vif des graines attire les oiseaux– encore!!!- qui vont se charger de les disséminer.

fruit-bleu-ravenala

Ravenala, l’arbre du voyageur

Mais pourquoi arbre du voyageur au fait ? Rien à voir avec l’étymologie malgache… Cette appellation est due à l’utilisation que peut en faire le voyageur assoiffé. La base des feuilles, creuse, peut renfermer jusqu’à 1,5 litre d’eau, accessible en donnant un bon coup de machette.

Bon il faut vraiment avoir très soif, car l’eau stagnante ainsi récupérée est tout sauf potable !

Il se dit même qu’il sert au voyageur d’une tout autre manière. Etant orienté d’est en ouest (je ne l’ai pas vérifié!), c’est une véritable boussole vivante !

feuilles-creuses-ravenala

Ravenala, l’arbre à tout faire

L’utilisation la plus spectaculaire du Ravinala (on utilise aussi cette orthographe) est sans doute celle que j’ai pu voir à l’îlet Sainte-Marie où des villages entiers de pêcheurs sont réalisés à partir des différentes parties de cette plante : les feuilles séchées (ou falafa) comme couverture pour le toit, les tiges pour les murs et le tronc pour le plancher. Tout est exploité.

Même les casiers pour la pêche sont tressés à partir du Ravinala ! En clair toute une économie de subsistance repose sur les larges épaules de notre arbre typique de Madagascar.

maison-construction-ravenala

Mais ce n’est pas tout, le Ravenala est également comestible, bien que je n’ai pas eu l’occasion de goûter. Les graines contiennent une fécule et les jeunes feuilles peuvent être consommées. Les malgaches préparent avec l’apex des jeunes ravenales un plat dénommé avotra. Enfin, l’arille des graines donne une huile alimentaire qui se rapproche de l’huile de colza.

 

Propriétés médicinales du Ravenala

La vraie question est : est-ce que cet arbre a aussi des propriétés médicinales ? Il n’apparaît pas en tête de liste des remèdes traditionnels. Néanmoins, en cherchant bien, on retrouve la trace de son utilisation en cas de diabète, pour « laver les plaies sur le foie ». On utilise traditionnellement pour cet usage les nervures des feuilles que l’on prend en décoction (Thèse de Nelly Le Grand, 2008).

Très répandu dans les zones tropicales, où on l’a importé comme arbre ornemental, d’autres usages se sont développés ici et là. Ainsi, à la Réunion, on l’utilise (les pétioles des feuilles) pour préparer une boisson diurétique et rafraîchissante. Il aurait également des propriétés anti-inflammatoires contre les œdèmes et des propriétés antiseptiques (tanins du fruit).

Mais c’est l’activité antidiabétique qui a retenu l’attention des scientifiques. Une étude a démontré la capacité de l’extrait éthanolique (encore plus que l’extrait aqueux) à réduire le taux de glucose dans le sang : http://onlinepharmacytech.info/docs/vol2issue9/JPST10-02-09-05.pdf L’étude conclut à la validité des usages traditionnels !

ravinala-madagascar-médicinal

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3 comments

  • Magnifique et impressionnant…
  • Bonjour Cécile et merci pour cet article qui fait le point sur cette herbe spectaculaire; on ne peut pas rester indifférent à sa symétrie.
    Quand j’ai vu la photo, je me suis rappelé l’avoir déjà croisée ailleurs qu’à Madagascar, peut-être au Panama ou en Floride, je ne sais plus. Est-il menacé sur l’île ?
    • Merci Jean-François, Effectivement, je n’ai même pas évoqué sa symétrie! Peut-être qu’à force de le voir, je ne suis plus aussi émerveillée que ça, quelle tristesse. Dans ma rue en Martinique, lorsque je remonte jusqu’à chez moi j’en ai dénombré trois ! Il pousse aussi en Caraïbe et très largement dans le monde où il a été implanté comme arbre d’ornement. A ma connaissance, il n’est pas menacé à Madagascar où il est très exploité mais pousse tellement vite!

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