Libérez nos semences ! Rendez nous nos graines ! La petite histoire du catalogue des semences, ou comment la sélection variétale actuelle menace la vie (partie 1)

bandeau-humeur

La disparition des savoir-faire et la standardisation industrielle ont appauvri notre nourriture, au point qu’il faudrait manger 26 pêches d’aujourd’hui pour retrouver la valeur nutritionnelle d’une pêche de 1950 à ce qu’il paraît. Or l’aliment est notre premier médicament. Où trouverons-nous les éléments essentiels à la vie et à notre santé si ce n’est plus dans nos fruits et légumes ? Comment cela a-t-il pu se produire ? Suivez-moi pour un petit tour de l’histoire de la sélection variétale.

Commercialiser des semences saines et bien identifiées

1932. C’est l’après première guerre mondiale. L’agriculture se modernise, les rendements augmentent et les industries agro-alimentaires apparaissent. Ce sont « Les temps modernes » version agricole, avec un découpage des tâches où ce n’est plus le fermier qui s’occupe de la sélection et de la reproduction des plantes en amont, ni de la commercialisation en aval. Il n’est plus qu’un maillon de la chaîne en devenir.

Chaplin, Les Temps Modernes By movie studio (ebay) [Public domain], via Wikimedia Commons

Chaplin, Les Temps Modernes By movie studio (ebay) [Public domain], via Wikimedia Commons

Le catalogue officiel des espèces et variétés végétales est créé. Car le nom d’une variété pouvait porter un nom différent selon les régions. Le catalogue va donc faciliter la circulation des semences et donner une garantie d’authenticité (vous n’aimeriez pas semer une salade verte et vous rendre compte qu’elle pousse rouge, n’est-ce pas ? surtout si vous avez un contrat avec un industriel et un cahier des charges précis à respecter…).

C’est donc une assurance pour les agriculteurs et une promesse d’amélioration des rendements. Une vie meilleure se dessine…

Le droit de commercialiser seulement certaines semences

1949. Une autre guerre est passée. Un autre décret passe. A partir de là, seules peuvent être commercialisées les semences issues de variétés inscrites au Catalogue officiel. Celles qui ne sont pas inscrites, ne peuvent être commercialisées (mais elles peuvent bien évidemment être plantées et cultivées sur la ferme pour autant qu’elles n’en sortent pas). Ainsi, le catalogue ne constitue plus un choix pour les agriculteurs. Il s’impose comme une référence incontournable, au dépend des semences de fermes. Heureusement, beaucoup d’espèces ne figurent pas dans le catalogue qui concerne surtout les grandes cultures. Pour l’instant…

De plus en plus d’espèces qui tombent sous le coup de cette réglementation

1952. Les espèces potagères rejoignent le catalogue.

1960. La vigne rejoint le catalogue.

1961. Les espèces fruitières rejoignent le catalogue.

1995. L’asperge, qui y avait échappé jusque là, rejoint le catalogue.

Mais, il suffirait d’inscrire les variétés que l’on souhaite cultiver et vendre en toute liberté, non ?

Wheat in sack by Jurema Oliveira, License Creative Commons CC BY-SA 3.0 http://creativecommons.org/licenses/by-sa/3.0/

Wheat in sack by Jurema Oliveira, License Creative Commons CC BY-SA 3.0

Au fait, comment une variété est-elle inscrite au catalogue ?

Ah mais c’est qu’on n’y rentre pas comme ça, au catalogue, il faut montrer patte blanche, enfin blanche, il s’agit plutôt du poids de la bourse. Pour être inscrite, la nouvelle variété doit subir des tests (effectués en France par le GEVES). Ces tests ont un coût, mais il faut en plus payer pour rentrer dans ce club très privé qu’est le catalogue. Plus de 6 000€ pour une céréale, sans compter les frais tous les ans pour son maintien (plus de 2.000 € pour les 10 premières années). Et si personne ne paie pour réinscrire elles sortent du catalogue et passent « hors-la-loi » : interdiction d’être commercialisées.

C’est le cas des variétés anciennes qui ne sont pas inscrites (à cette époque) faute d’un généreux donateur qui accepterait de s’occuper des frais et des coûts de maintien annuels pour une variété sur laquelle il n’a aucun droit ou brevet, une variété tombée dans le domaine public et qui donc ne rapporte rien.

Vous trouvez le système déjà bien verrouillé ? Attendez la suite…

Main-mise sur le vivant

1968. Il faut croire que les hippies n’ont pas vu le coup venir ! La convention UPOV (Union pour la protection des obtentions végétales) rentre en vigueur. Elle instaure le certificat d’obtention végétal (COV) en France. Désormais, il donne à son détenteur le droit d’exploiter exclusivement la variété protégée pendant 25 ou 30 ans selon l’espèce.

Qu’est-ce que ça signifie ?

Ces variétés, développées par l’industrie, non seulement sont incontournables puisque inscrites au catalogue, mais elles sont désormais protégées par un équivalent de brevet (en un peu moins strict), le COV ou Certificat d’Obtention Végétale. Un producteur qui déciderait de faire des semences avec sera donc poursuivi pour contrefaçon. Il sera donc obligé de racheter les semences, tous les ans.

Machiavélique, non ?

 

Certains diront à ce moment du récit, qu’il faut bien rémunérer les recherches réalisées par les industries, qu’elles protègent leurs trouvailles ou encore que l’inscription au catalogue coûte tellement cher…

C’est vrai, bien sûr, mais quelles trouvailles, qui veut de ce système où les variétés développées avec des méthodes douteuses n’ont plus de goût, ont des valeurs nutritives en chute libre, et une résistance aux ravageurs et maladies de plus en plus faible (elles sont développées en partenariat avec les petits chimistes qui fournissent les produits phytosanitaires dont elles vont avoir besoin, le but n’est donc pas qu’elles soient résistantes !). Ne soyez pas dupe et attendez… l’histoire n’est pas terminée, nous ne sommes qu’en 1968 ! Ce n’est encore que le début de ce qu’on va appeler la Révolution Verte et l’accroissement spectaculaire des rendements agricoles grâce à la science, aux engrais, aux pesticides et à la mécanisation. Ce n’est que le début de l’accaparement du vivant par des firmes privées…

Lire la suite, Partie 2: L’aberration des hybrides F1

 

« Les gens sont nourris par l’industrie alimentaire, qui ne s’intéresse pas à la santé, et sont soignés par l‘industrie pharmaceutique, qui ne s’intéresse pas à l’alimentation. »

Wendell Berry, écrivain, paysan, poète et professeur américain.

Related Posts Plugin for WordPress, Blogger...

Cet article vous a plu? Envie d'aller plus loin et d'en apprendre davantage sur les plantes et leurs merveilleux usages? Inscrivez-vous et recevez gratuitement mon livret "5 mauvaises herbes qui vous veulent du bien" pour apprendre à reconnaître et utiliser des plantes très courantes en Europe de l'Ouest.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *