Les plantes médicinales indiennes aux Antilles

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Retour sur l’atelier sur les plantes médicinales indiennes qui s’est tenu ce samedi 15 août à Saint-Pierre dans le cadre de la journée de l’Indianité. Importées sous forme de graines par les premiers immigrants venus travailler dans les champs de canne, qui ne savaient pas s’ils trouveraient sur cette nouvelle terre les ingrédients nécessaires à leur cuisine, elles ont poussé, se sont adaptées et font maintenant partie, pour plusieurs d’entre elles, du paysage, des habitudes culinaires, de la pharmacopée traditionnelle des Antilles.

Qu’est-ce que j’aurais manqué si je n’avais pas pris mon courage à deux mains pour faire une heure de route toute seule dans ma voiture! J’avais vu l’info par hasard, sur facebook. Une petite ligne de rien du tout qui m’a sauté aux yeux et pour cause, il était indiqué sur le flyer de l’association GOPIO Martinique qui organise cette journée: “Atelier autour des plantes d’origine indienne de Martinique et vente”. Je vous le dit tout de suite: non, je n’ai pas craqué, mon balcon ne peut définitivement plus accueillir de nouvelle pensionnaire… sauf le petit Moringa qu’un collègue m’a promis, mais lui, c’est pas pareil, il a une place réservée 🙂

Des panneaux explicatifs sur les plantes d’origine indienne de Martinique

Bon, alors, y avait pas le droit de photographier, donc j’ai essayé d’écrire un maximum d’info sur mon mini carnet malgré la foule pour pouvoir vous faire un maxi compte-rendu. C’est d’ailleurs pour ça que je n’attend pas pour écrire cet article: ma mémoire de poisson rouge va tout gommer si je laisse passer la nuit là-dessus!

Il y avait en tout 8 plantes de mises en avant:

Paroka (Momordica charantia), aussi appelée manjé coolie, pomme zindien. Je réalise en voyant la photo que je l’ai vue à Cuba! Le guide sur Vinales nous l’a fait goûter pour ses vertus antiparasitaires (digestif)! Le panneau explique qu’il y en a deux variétés, une qui pousse à l’état sauvage, dont les fruits sont plus petits et une avec des fruits plus gros, présentés à l’entrée.

A gauche le paroka cultivé et à droite le paroka photographié à Cuba

A gauche le paroka cultivé et à droite le paroka photographié à Cuba

Tamarin (Tamarindus indicus), bien connu j’avais déjà fait un article sur ses propriétés sympa en cas de lendemain de cuite difficile.

Vètilé ou bétel. Il rentre dans la pratique cultuelle hindou avec les graines de pacou et le camphre, en offrande pour la puja.

Vetiver (Vetiveria zizanoides), très utilisé dans la parfumerie de luxe, c’est aussi un anti-mites et anti-moustiques

Kari pilé ou feuilles de curry (Murraya koenigii). Il a été importé par les réunionnais d’origine indienne.

Mandikilé (Moringa oleifera) Le fruit vert est cuisiné le lendemain des jours de fête pour drainer le corps.

Curcuma. Sa racine anti-inflammatoire est utilisée depuis longtemps en médecine indienne. Des études sont en cours pour montrer son rôle dans la prévention du cancer du côlon.

Vèpèlé ou neem (Azadirachta indica)  appelé aussi lila pays (à tort car ils ne faut pas confondre les deux!). Il entre dans la pratique du culte: mélangé à l’eau de mandja (Curcuma+ eau de mer) et du citron, on en asperge les officiants en vue de les purifier

Quelques plantes en vente

En fait, si je n’ai pas craqué, c’est parce qu’il y en avait très peu, et je les ai déjà! Il y avait plusieurs aloès, des plants de Moringa et du Tulsi (Ocimum tenuiflorum), ce basilic sacré pour les indiens. Pas de quoi ouvrir une pépinière… c’est dommage, ils auraient pu inviter quelques producteurs du coin. Mais je ne leur en veux pas: mon porte-monnaie les remercie.

L’atelier animé par M. Michel NANKOU sur les plantes d’origine indienne

J’en viens à l’essentiel. Tout ce que j’ai appris aujourd’hui auprès de ce monsieur passionnant qui nous vient de Guadeloupe. Il a appris auprès de ses tantes. Ce savoir, qu’il a reçu gratuitement, il explique qu’il trouve normal de le transmettre à son tour- gratuitement. Il explique, lorsque je lui demande qui il est (j’avoue, j’ai loupé la conférence sur l’art culinaire qu’il animait juste avant et qui devait être passionnante, snif), qu’il a également fait des recherches sur les plantes médicinales d’origine indienne présentes aux Antilles. Mais il n’a jamais publié ses travaux. C’est bien dommage.

Moringa: on mange tout!

moringa-oleifera-feuillesIl commence par présenter le Moringa oleifera qui pour les indiens s’appelle en réalité Mandikilé, enfin, ça dépend de la région. On trouve aussi malunggay ou sadja.

On peut consommer les feuilles de Moringa en salade, en infusion, en soupe (cas des réunionnais). Ce n’est pas toxique, il n’y a donc pas de contre-indications. En fait, contrairement à ce que certains font croire, ce n’est pas le remède miracle contre le cancer. Il ne guérit pas. Par contre il peut contribuer à le prévenir car il a une action équilibrante sur les organes: il va solliciter ou “endormir” là où il faut. Par ailleurs, pendant la chimio, il peut également être une aide.

Donc, un peu de feuilles de Moringa sur les plats ne peut pas faire de mal. Mais fraîches. Notre orateur nous prévient: on perd environ 50% des qualités nutritionnelles si on le sèche. Ces qualités sont d’ailleurs énormes on estime que 100 grammes (je ne suis plus sûre du chiffre, je ne l’ai pas noté) peuvent remplacer un biberon de lait maternel! C’est un véritable espoir pour les programmes de nutrition en Afrique où il est planté massivement. On évitera donc, bien évidemment, de le consommer en soirée, surtout si on a des problèmes d’endormissement: il est bien trop énergétique.

Et puis, il y a aussi son immense capacité à dépolluer l’eau dont j’avais parlé lorsque j’avais écrit mon article sur le Moringa oleifera. Apparemment, la découverte de cette qualité serait purement fortuite, les recherches scientifiques ayant été menées après pour vérifier. Il nous raconte qu’une dame âgée laissait sous son Moringa une cuve pour récupérer l’eau de pluie. Mais l’eau stagnante est devenue verte, et trop âgée pour s’en occuper elle l’a laissée ainsi. Quelques temps plus tard, elle l’a retrouvé limpide!!! En fait des graines du Moringa était tombée dedans et avaient exercé leur étonnant pouvoir de floculation sur les matières en suspension.

Mais ce n’est pas tout, on peut également manger les fleurs, les graines et les fruits. Pour les fruits, je n’ai pas goûté. Il nous a juste expliqué que ça se cuisinait comme les gombos, qu’on prenait un morceau entre les dents, qu’on absorbait la chair et pareil de l’autre côté, et que ça avait un goût sucré. Attention, que les fruits verts, les autres sont trop coriaces.

moringa-fleur-fruit-feuilles

Concernant les graines, il ne faut pas en consommer plus de deux par jour. On enlève la petite coque noire qui protège la graine qui se révèle toute blanche à l’intérieur et très très amère. C’est d’ailleurs cette amertume qui est bonne dans de nombreux traitements. Notamment, les plantes utiles dans les cas de diabètes pour faire baisser la glycémie sont amères (liane serpent, écorce de gommier rouge). C’est malgré tout plutôt bon, un petit goût de réglisse comme un cachou.

Et les fleurs aussi! C’est marrant car aucune partie de l’arbre n’a le même goût. Ces jolies petites fleurs blanches ne manquent pas de piquant, en fait on les croirait épicées. Pour les amateurs, apparemment c’est délicieux en omelette avec des graines à griller.

Le Neem, pharmacie du village

azadirachta-indica-neemEnsuite, il nous a aussi parlé du Vèpèlé qui est surnommé la pharmacie du village en Inde. Utile en externe contre toutes les affections de la peau (eczéma, psoriasis, acné) il a également prouvé son efficacité contre la gale: coucher la personne sur un tapis de feuillage; l’insecticide naturel, l’azadirachtine va faire sortir le parasite responsable! Du coup, un macérât de feuilles de neem peut être intéressant à réaliser dans les élevages pour débarrasser les bêtes de leurs parasites en les aspergeant avec. Il a testé avec succès sur ses cabris! Et en plus ça fait du bien à la peau. Il nous signale qu’à Paris, quartier gare du Nord, des boutiques vendent des gammes de cosmétiques à base de Neem!

Il est aussi possible de le prendre par voie interne, en tisane, mais il faut que ce soit ponctuel et en toute petite quantité (2 ou 3 feuilles, une infusion le soir, pas plus de deux soirs de suite). C’est un peu dangereux avec l’insecticide naturel contenu dans les feuilles, qui est d’ailleurs à la base de produits phytosanitaires utilisés en Amérique. Mais c’est intéressant en cas de maladie de peau d’associer un traitement en interne et en externe.

Dans le site archéologique d’Arapa en Inde, on a retrouvé des traces de l’utilisation du Neem qui remontent à 3 500 ans avant Jésus Christ, alors que Moïse quittait l’Egypte! L’arbre est tenu pour pouvoir soigner plus de 350 maladies en médecine traditionnelle indienne (Ayurveda). Et On l’appelle “Never die” (Ne meurt jamais) pour cette raison.

Curcuma, l’espoir contre le cancer du côlon

curcuma-racineOn finit en abordant le Curcuma et le fait qu’en Inde du Sud, du fait d’une consommation importante, il n’y a aucun cancer du côlon. Zéro! La racine est donc à l’étude. Mais c’est uniquement pour le cancer du côlon qu’elle serait intéressante, pas les autres types.

Voilà, l’article est un peu long, et c’est une forme un peu différente de d’habitude, mais j’avais envie de vous faire partager cette belle journée instructive sous le soleil du Nord Caraïbe.

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11 comments

  • Bonjour,

    Je vous écrit de la Guadeloupe. Je cherche la plante de Bétel auriez vous un plante à me vendre s’il vous plait.

    Merci d’avance

  • Merci pour cet article !

    Le curcuma, c’est la vie, j’en consomme tous les jours, soit sous sa forme originelle passée à l’extracteur de jus, soit en épice dans les plats. Il a des vertus préventives contre le cancer du colon et plein d’autres maladies. La curcuma oura !!

    Biiises 😉

    Amanda

  • Bonjour Cécile,

    vous finissez en abordant le curcuma.

    Voilà 2 ans que j’en consomme le rhizome, tous les jours, à l’état frais en association avec du gingembre également frais, à raison de 1 doigt de chaque aux repas de midi et soir.

    L’ensemble est une panacée pour l’être humain.
    En préventif et curatif.
    Une panacée vous dis-je !

    Je vous le passe à mon tour 😉

    Encore merci pour la transmissison de vos découvertes.

    Bien cordialement,
    P.

    • Bonjour P. (hi hi on dirait l’initial d’un agent secret!), merci pour ce retour qui vient confirmer beaucoup de témoignages que je vois ici et là sur le curcuma. Décidément à intégrer à notre alimentation. mais vous faites bien de préciser en association avec le gingembre. Il semble en effet que son assimilation dépend beaucoup de ce avec quoi il est associé!
  • Peut on extrapoler le « on perd des propriétés nutritionnelles/thérapeutiques en séchant » aux autres plantes ? Au feeling je dirais plutôt oui, je serai intéressé par ton avis
    • Oui et non. En fait, il est toujours préférable d’utiliser la plante fraîche. Dans certains cas, elle ne s’utilise QUE fraîche, par exemple le suc de la chélidoine, qui ne peut être que sur la plante fraîche, ça paraît logique, dans d’autres cas, ça ne change pas grand chose à ses propriétés (ex l’ortie pour une cure dépurative) et dans d’autres cas encore comme ici, elle en perd une partie. Donc règle générale: fraîche si on a le choix et après, au cas par cas (fonction de la plante et de l’usage)
  • Ce devait être une journée passionnante !
    Je ne connais pas toutes les plantes citées, par contre j’utilise souvent la poudre de nem pour la réalisation de shampooings ou de dentifrices.
    J’aime beaucoup ces plantes indiennes mais ne les connais que sous forme de poudre.
    Merci, à bientôt Cécile.
  • Patricia ou patsch
    Très belle initiative que cette journée !
    J’espère que tu as pu avoir les coordonnées de ce Mr Michel Nankou qui a l’air d’être un puits de savoir sur les plantes des Caraïbes …

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