Les mystères du Saman : l’arbre à pluie (Samanea saman)

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Ca se mange ou ça se mange pas? Un collègue a débarqué dans le bureau en me tendant une gousse de l’arbre qu’on voit par la fenêtre. Pour moi, jusqu’ici, c’était juste un arbre à iguanes (comment ça ils poussent pas sur les arbres?). Mais apparemment, c’est un arbre à miel, et même pas besoin des abeilles.

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Le fameux saman à iguane de Texaco

Il a goûté ça le week-end dernier avec des anciens : quand on casse la gousse, il y a une sorte de miel sucré à l’intérieur, autour des graines, que l’on peut goûter. J’hésite un peu, méfiante quand même. Quand je connais pas, j’aime bien au moins avoir le nom de la plante pour vérifier. Pas envie de m’empoisonner quand même. Je me lance dans un questionnement approfondi : t’es sûr que c’est bien le même arbre ? Oui, oui, ça ressemble… Gloups. Bon, je m’exécute, je goûte, je ne vais quand même pas mourir idiote. C’est très collant. Effectivement, le goût n’est pas mauvais, sucré, même si ça laisse une petite amertume dans la bouche. Mais j’ai eu l’impression (mais c’est peut être juste dans la tête) d’avoir une hypoglycémie peu de temps après. Il faut que j’en ai le cœur net : c’est quoi cet arbre ?

Après enquête, il s’agit d’un Samanea saman. Cet arbre originaire d’Amérique du Sud est aussi appelé arbre à pluie, bois noir d’Haïti, monkey-pod ou encore Zamang. Mais le plus commun et international semble « Saman ». Ca me paraît d’ailleurs le plus sympa à retenir dans le sens où ce « S(h)aman » a apparemment quelques pouvoirs surnaturels. Et une sacrée histoire à raconter !

C’est dingue de se rendre compte que je voyais un tel arbre tous les jours de mon bureau sans même savoir à quel point il est extraordinaire.

Un Saman de plus de 500 ans au Vénézuéla

Au cours de ses voyages l’explorateur Alexander Von Humboldt rapporte qu’il a découvert un arbre saman géant près de Maracay au Venezuela. On raconte que Simon Bolivar (el Libertador) aurait fait camper son armée de la libération toute entière sous cet arbre surnommé « saman de guerra ». D’après les écrits du naturaliste allemand, l’arbre serait âgé de plus de 500 ans aujourd’hui. Mais l’âge exact de ce vénérable témoin de la libération des colonies d’Amérique latine est un mystère qui ne sera résolu qu’après sa mort.

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Le fameux saman de… Texaco. Pas encore connu, mais il a du potentiel: il est bien photogénique quand même!

 

Un symbole national en Colombie : l’arbre de Guacari

Cet arbre planté en 1914 dans le jardin municipal de la petite ville de Guacari en Colombie a grandi et participé à la vie de la communauté. Si bien que lorsque les premiers symptômes d’une maladie surviennent en 1989, cela déclenche une mobilisation sans précédent de la population pour sauver cet arbre vénérable. L’appel est lancé à la communauté scientifique. Tout le pays est ému. Des experts se succèdent à son chevet. Mais le diagnostic est sans appel: l’«arbre à la pluie » séchera avant la fin de l’été. En reconnaissance des efforts des habitants pour sauver le saman, une pièce de monnaie est frappée à son effigie moins de cinq ans plus tard, en 1993, commémorant le lien qui unissait ces hommes à leur arbre. Un véritable symbole national.

Un arbre à pluie : le saman n’est pas sorcier

Cet arbre a un port très large et la forme de sa canopée, comparable à un parasol peut atteindre plus de 500m de diamètre, ce qui laisserait peu de chance aux plantes qui voudraient pousser à son couvert. Mais c’est sans compter sur l’immense générosité de cet arbre qui laisse passer la pluie. Dès que l’ensoleillement diminue, que des nuages approchent, ses folioles se replient sur elles-mêmes permettant ainsi à l’eau d’atteindre le sol. Une fois le soleil revenu, les folioles se déploient à nouveau et profitent de la lumière, laissant un sol frais et humide. Comme si cela ne suffisait pas, il rend l’azote disponible dans le sol pour les autres plantes, comme toutes les légumineuses (il fait partie de la famille des Fabacées).

D’ailleurs, dans plusieurs pays, on l’utilise comme arbre d’ombrage en agroforesterie pour faire pousser le cacao ou le café à Madagascar, en Ouganda et en Indonésie par exemple.

gousse-saman-arbre-mielLes fruits comestibles du saman

Et oui, le miel des gousses est bien comestible (ouf). En fouillant bien sur le net, j’ai trouvé confirmation que la pulpe sucrée était consommée, notamment par les enfants. Apparemment, il est également possible, comme pour le tamarin, d’en faire une boisson. Mais les informations à ce sujet sont rares. Les gousses peuvent être broyées et données en alimentation animale.

 

 

 

Des propriétés médicinales également pour le saman

La décoction des racines est utilisée pour réaliser des bains contre le cancer de l’estomac au Vénézuéla. L’infusion des feuilles est un laxatif utilisé dans les Caraïbes et les graines sont mâchées en cas de mal de gorge. L’extrait alcoolique des feuilles a une action inhibitrice sur certaines bactéries (Mycobacterium tuberculosis) qui a été démontrée scientifiquement. Enfin, en Colombie, la décoction des fruits est utilisée comme sédative. Ce dernier point explique peut-être la fatigue que j’ai pris pour une hypoglycémie en goûtant le miel…

Le saman, utilisé pour son bois: les fameux monkey-pod bowls de Hawaï

Son bois est plutôt réputé lourd et difficile à travailler. Bizarrement, c’est plutôt dans le Pacifique et à Hawaï que son bois a été exploité, davantage que dans sa zone d’origine, pour la construction de bateaux entre autres. On le trouve dans l’artisanat hawïen sous forme de bols-souvenirs. Ceci dit, à l’heure actuelle les fameux bol en “monkey-pod” de Hawaï sont plutôt fabriqués dans les Philippines ou en Thaïlande où la main d’oeuvre est moins chère.

graine-samanEt ses graines? Pour faire des colliers!

Ah ça faisait longtemps que je ne vous avais pas parlé de graines à colliers (au moins deux jours!). Celles-ci sont jolies, avec leur cercle marron clair au milieu, mais moins épatantes que la graine de zanzibar ou celle de caconnier à vrai dire. Apparemment, c’est surtout à Hawaï qu’on les trouve avec cette utilisation. En Martinique, je ne les ai encore jamais vues en bijoux.

Le saman produit un substitut à la gomme arabique

L’arbre produit une gomme (par incision du tronc) de qualité inférieure qui pourrait être utilisé comme substitut bon marché à la gomme arabique, qui elle vient de l’acacia. Vous la connaissez peut-être sous son doux nom de E414 car elle sert d’émulsifiant pour l’industrie agroalimentaire.

Bref tout est bon dans le cochon et tout se mange dans le saman, quoi !

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Source : cette excellente fiche http://agroforestry.net/images/pdfs/Samanea-raintree.pdf

Elle est tirée de « Traditional Trees of Pacific Islands: Their Culture, Environment, and Use » de Craig R. Elevitch

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