Les cécropies aux mains d’argent (Bois-canon)

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Lorsqu’il va pleuvoir, le paysage change et on voit apparaître dans les feuillages des cimes au loin, des aires argentées : les faces blanches des feuilles du bois canon. Allez savoir pourquoi, le bois-canon se donne des airs de miss météo en temps de pluie. En tout cas, c’est bien utile pour voir venir les ondées disent les habitués.

Voici ma toute première vidéo. L’idée est de rendre les articles un peu plus vivant et de vous emmener avec moi en ballade, comme si vous y étiez. Elle est loin d’être parfaite, et surtout la prochaine fois, j’irai filmer des arbres une fois que j’ai fait quelques recherches pour l’article, parce que de mémoire, sans flore et avec la caméra braquée sur moi, j’avoue que je patauge un peu. C’est pas grave, il faut bien se lancer, je ferai mieux pour la suivante ! Et puis vous avez l’article pour compléter ci-dessous.

 

Les Cécropies en noir et blanc : quelle élégance !

Il pousse à une telle vitesse (2,5 mètres par an !), qu’il est le premier à tirer son épingle du jeu dans la compétition qui fait rage sous le couvert végétal pour l’accès à la lumière. Un pionnier des forêts humides qui va atteindre rapidement les 15 mètres de haut. Malgré la hauteur, on distingue facilement ses énormes feuilles couvrantes lorsqu’on lève les yeux vers le ciel… ou qu’on regarde par terre. Le sol est jonché de ces feuilles aussi impressionnantes par leur taille que par leur couleur : une face noire, une face inférieure blanche. Cette dernière doit sa couleur au fait d’être recouverte par un épais duvet blanc-argenté.

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D’ailleurs, à Cuba, ils l’appellent « langue de belle-mère »… je vous laisse deviner pourquoi ? Parce qu’une face claire, une face sombre, il y a ce qu’elle dit par devant, et ce qu’elle dit par derrière ! Et je salue au passage bien évidemment toutes les belles-mères, elles seront ravies.

Donc il est plutôt facile à reconnaître. D’autant que des arbres au tronc lisse et segmenté comme un bambou, il n’y en a pas des tonnes. C’est d’ailleurs ce tronc particulier, creux qui lui a valu son nom de bois-canon. En effet, lors des incendies de forêt, il explose avec grand bruit. En Amérique du Sud, il est protégé par des fourmis qui s’occupent pour lui de la défense en coupant les lianes qui voudraient s’inviter ou en chassant les parasites. Il semblerait qu’il n’aie pas trouvé de copines aux Antilles. Ou alors elles le boudent. Quoi qu’il en soit, on constate que les mousses, champignons et autres végétaux qui aiment à squatter le tronc des autres ne semblent pas intéressés par le sien, qui reste nu.

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Propriétés médicinales du bois-canon (Cecropia Schreberiana)

L’arbre est répandu dans toute la Caraïbe et l’Amérique du Sud. Mais est-ce réellement la même espèce ? Rien n’est moins sûr car il semble y avoir des confusions et cela expliquerait les différents usages médicinaux qui en sont fait selon la région. Je vais donc me concentrer sur Cecropia peltata auct (ou C. Schreberiana) qui est celle que l’on trouve en Martinique.

Traditionnellement, on utilise la décoction des feuilles comme fébrifuge et pour les affections respiratoires. Le suc qui s’écoule du tronc était déjà utilisé par les Indiens Caraïbes pour panser les blessures, tradition qui est arrivée jusqu’à nous. Et des études ont montré que la plante est bien cicatrisante et antibactérienne, venant confirmer cet usage traditionnel sur les plaies et les hématomes.

Longuefosse (Plantes Medicinales Caribéennes Tome 1) lui prête des propriétés médicinales intéressantes au niveau du cœur et la tension. Ces propriétés intéressantes en cas d’hypertension peuvent s’expliquer par les flavonoïdes et les triterpènes présents dans les feuilles qui présentent des propriétés cardiotoniques et sédatives.

L’extrait méthanolique de la plante est hypoglycémiant.

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Les Cécropies célèbres grâce à Aimé Césaire

Le bois-canon fait partie des plantes antillaises entrées à la postérité. Il a interpellé notre grand poète martiniquais, Aimé Césaire, qui compare les feuilles argentées des cécropies (autre nom du bois-canon, dérivé de son nom latin, Cecropia) aux mains des Noirs, paume claire et dos sombre. En effet, une fois tombée au sol, lorsqu’elles sèchent elles se ramassent sur elles-mêmes et prennent une forme de main immense. Voici quelques vers du poète :

« les incroyables renversements de cécropies
à l’heure où dans le vent et parmi les feuillages
il y a de grands tournoiements de chamans et de hoquets »

« les cécropies cachent leur visage
et leurs songes dans le squelette de leurs mains phosphorescentes »

 

Autres noms : Coulequin, Bois-trompette, Yagrumo hembra, parasolier (j’ai l’impression que ce dernier nom désigne une espèce différente, en Afrique)

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