Le fromager, arbre sacré, arbre maléfique ou géant généreux ?

« Ceiba pentandra 0009 » par Atamari. Sous licence CC BY-SA 3.0

Le fromager, arbre fascinant s’il en est par sa taille (40 mètres, voire 60 mètres) et ses contreforts puissants ne peut laisser indifférent. On le reconnaît aisément aux énormes épines qui parent son tronc, du moins lorsque les passants les lui ont laissées. Petit 360° de cet arbre à tout faire marqué par l’histoire.

Un arbre maudit: le fromager arbre à zombis

Aux Antilles, le fromager est lié à l’histoire de l’esclavage. Cet arbre solide a servi à plus d’un pour se pendre et échapper à ces conditions de vie inhumaines. Les esclaves étaient persuadés que s’ils se pendaient à ses branches, leur âme pourrait voyager au-dessus des mers et retrouver celle de leurs ancêtres. Rien d’étonnant à ce que le fromager ait gardé une mauvaise réputation.

La légende dit d’ailleurs que ce sont des arbres à zombis ou à soucougnan, qui accueillent l’esprit des morts. Les soucougnan sont des sortes de vampires, volants, plutôt féminins.

Mais bien avant cela, les Indiens Caraïbes qui peuplaient les Antilles évitaient d’utiliser le coton du fromager, car selon eux, leur sommeil en eût été hanté.

Un arbre sacré: le fromager intermédiaire avec les esprits

Dans tous les cas, le fort mysticisme qui entoure le fromager en fait un arbre respecté et protégé. En Afrique, il est considéré comme un arbre sacré et occupe avec le Baobab un rôle central dans beaucoup de contes où il aide le personnage principal, en se posant comme intermédiaire entre le monde des humains et le monde des esprits. C’est l’arbre qui abrite les esprits des ancêtres.

Chez les indiens Wayapi de Guyane, le tronc du fromager symbolise l’échelle qui permet à l’apprenti chamane d’accéder au monde des esprits qu’il veut domestiquer.

Pour les Mayas, le fromager était également un arbre très sacré : il symbolisait l’axe du monde, apparu au moment de la Création au centre de la terre. Parfois représenté sous la forme d’une croix, il a pu favoriser l’adoption du christianisme à l’arrivée des Espagnols. En certains endroits, une croix de couleur verte est encore adorée. C’est l’arbre national du Guatemala.

« Mlomp-Fromager1 » par Ji-Elle — Travail personnel. Sous licence Domaine public

« Mlomp-Fromager1 » par Ji-Elle — Travail personnel. Sous licence Domaine public

Un arbre à huile

Des graines est extraite une huile comestible qui est aussi utilisé comme combustible pour l’éclairage.

Un arbre médicinal

Aujourd’hui, le fromager est surtout employé pour faire des bains de feuilles (ajouter quelques feuilles à l’eau du bain) en association avec d’autres espèces médicinales, pour le traitement de la bourbouille et des éruptions cutanées. En Martinique, on lui associe notamment cassia alata, caca-béké et glycérine.

Les propriétés anti-inflammatoires et hypoglycémiantes de son écorce ont été démontrées. Dans certaines région, la décoction de l’écorce est utilisée pour traiter les coliques abdominales. Au Congo, le décocté des feuilles est utilisé contre les aphtes, la gingivite, les diarrhées et les maux de ventre ! Au Mali comme au Laos, on recourt à l’écorce en cas d’abcès dentaire ou de gingivite. Les feuilles, elles sont utilisées pour soigner la conjonctivite ou le tétanos infantile.

La tisane de feuilles est recommandée en cas d’inflammation d’après Longuefosse.

Un arbre à textile: le kapok

Si je vous dit que cet arbre est également appelé kapokier ? Vous pensez sûrement « kapok », cette matière duveteuse qui sert à rembourrer les coussins ? Eh bien vous avez raison, les fruits de cet arbre s’ouvrent à maturité et laissent s’échapper un duvet beige clair cotonneux plein de graines qui est un excellent isolant, imperméable et imputrescible. Attention toutefois, il est très inflammable. L’incendie du paquebot Normandie, ce serait lui : il garnissait les gilets de sauvetage….

Tout doux, tout duveteux, le kapok encore à l’intérieur du fruit arrivé à maturité

Origine du fromager et autres noms

Il est originaire d’Amérique tropicale et a été étendu par l’homme en Afrique et en Asie. On lui donne également le nom de Ceiba, Mapou, Bois coton, Kapokier ou Arbre aux amoureux.. En réalité, sont regroupés sous ce nom plusieurs espèces appartenant à la famille des Bombacées, notamment Ceiba pentandra et Bombax ceiba.

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16 comments

  • Madame,salut!
    Heureux de découvrir ce blog. Je suis intéressé par les arbres, initié par mon père dès l’âge de 10 ans dans mon village perdu dans les campagnes du Congo Brazzaville. J’ai écrit une article : « L’arbre dans la loi coutumière en Afrique ». A présent je suis dans un groupe de jeunes chercheurs de mon pays , nous avons décidé d’écrire ouvrage sur l’arbre. Moi je souhaiterais bien vous envoyer mon article qui servira de contribution à cet ouvrage. Je suis socioanthropologue. J’ai mené plusieurs enquêtes dans les zones de forêt du Congo Brazza. vous me direz votre disponibilité.
    Le site web qui je vous communique est celui de mon institution qui n’a pas mes recherches.
  • le fromager est effectivement un arbre sacre pour les amérindiens. Il est souvent au centre du village comme a Camopi en Guyane francaise.
  • Bonjour!
    Je suis étudiante ingénieure agronome, et je fais des recherches sur les arbres légumineuses que l’on pourrait planter dans une cacaoyère, et je me demandais si le fromager en faisait partie?

    Sinon en me référant aux usages caribéens et sud-américains, j’ai listé: le flamboyant, l’immortel (Erythrina corallodendrum), le glycéria bien sûr, le pois d’angole pour les premiers stades du cacaoyer.
    Avez-vous d’autres idées d’arbres fixateurs d’azote de l’île que l’on pourrait utiliser comme arbre d’ombrage?

    Merci d’avance!
    Bonne journée

    • Bonjour, je ne sais pas si ça peut avancer à quelque chose mais à Cuba ils utilisent le Saman (Albizia sam ou Samanea samen) pour faire de l’ombre aux caféier. J’avais écrit un article sur cet arbre, en fouillant un peu sur le blog… ça doit se retrouver 🙂 Ca m’intéresse ce sujet, c’est un mémoire? Ou c’est pour un privé? Le résultat sera dispo? Bon si j’en ai un autre qui me revient, je rajouterai… A bientôt!
  • Bonjour,

    Je découvre votre Blog et je tiens à vous remercier pour vos recherches. J’aime aussi la manière dont vous abordez les choses avec votre double casquette, je trouve cela très original avec une belle portée « mystique ».
    Que de belles aventures, que de belles histoires….

  • bizarre, bizarre, aprés lecture du commentaire, il est vrais q’ à chaque fois que j’ aperçois un Fromager lors de rando, je suis irrésistiblement attiré par lui , comme un aimant
    à l’ époque ou toutes les coques laissent échapper leur coton, c’ est magique
    Et à chaque fois que j’ ai questionné un Antillais pour connaitre les particularités de cet arbre, les réponses se sont faites approximatives comme si on voulait me cacher quelque chose, éviter de me répondre…
    • Les mystères du fromager sans doute… Merci pour votre retour Bernard, qui ne fait que confirmer l’aura particulière de cet arbre magnifique! Effectivement, l’impression est assez féérique quand le kapok vole un peu partout: c’est les seuls moment où il neige ici 🙂
  • Merci pour cet article intéressant et complet. Je ne connaissais pas cet arbre, il est magnifique et a des utilisations très variés.
    • Magnifique, c’est bien le mot, et je regrette de ne pas en avoir de photos (sauf les fruits qui sont de moi), pourtant j’en vois régulièrement. C’est très bizarre, c’est un peu comme s’il ne voulait pas se laisser photographier!
  • Merci pour cette découverte je ne connaissais pas du tout cet arbre, mais il semble pourvu d’une vie plus que végétale. ses racines me font même penser aux dragons de Komodo.
    • Oh oui! c’est tout à fait ça, une vie au-delà de son apparence végétative! Lorsqu’on le rencontre- du moins quand il a déjà atteint un âge vénérable, il fait vraiment une drôle d’impression. D’ailleurs, dans certaines histoires populaires, on raconte que des gens malveillants ne peuvent pas s’en approcher et sont obligés de faire demi-tour!

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