Le flamboyant, l’arbre qui s’embrase au moment du Carême (Delonix regia)

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Immobile brasier incandescent, le flamboyant déploie ses artifices à un moment de l’année où la nature entière semble dépérir. Comme un pied de nez à ses congénères, à l’instant où cette végétation tropicale, si verdoyante et exubérante semble se retirer sur la pointe des pieds avec les grosses chaleurs et la sécheresse qui arrivent. Le Carême marque le tempo. C’est ce qu’on appelle la saison sèche ailleurs dans le monde. Les herbes jaunissent, le sol se craquelle par endroit et la nature entière, dans certains coins de l’île semble brûlée par le soleil. Mais dans ces paysages qui souffrent à m’en serrer le cœur, les plantes trouvent leur voie comme toujours. C’est la période aussi où des fruits merveilleux mûrissent. C’est le retour des mangues par exemple. Et c’est la période de floraison du flamboyant qui comme s’il pressentait des jours difficiles, donnait le meilleur de lui-même, enfermant dans ses futures gousses les promesses d’un avenir meilleur, capturant dans ses graines, l’essence de sa vie. Dernier effort pour assurer la continuité de sa descendance, au-delà de cette période éreintante tant pour les hommes que pour les arbres.

A tel point que les ivoiriens ont un proverbe très imagé pour ça, que j’ai appris grâce au blog de Cannella (Sea, soap and sun) : « Quand le flamboyant fleurit, le blanc dépérit ». J’ai d’abord cru que c’était la beauté de ses couleurs qui éclipsait le blanc dans le paysage, mais en réalité, sa signification est bien plus prosaïque comme elle l’explique : tout simplement, c’est la période à laquelle les blancs immigrés en Afrique, avec les fortes chaleurs, commencent à souffrir et vouloir rentrer au pays !

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Flamboyant, Schoelcher, Martinique

Le flamboyant, l’arbre de mon enfance, tout un poème

Pour moi, le flamboyant, c’est mon île d’enfance, c’est la Réunion. Avec le paille-en-queue, ce sont les images que j’aime revoir dans ma tête. D’ailleurs, l’arbre est originaire de là-bas, dans l’Océan indien puisqu’il serait de Madagascar, une île voisine. Là-bas, les poètes l’ont encensé. Je ne me rappelle plus de ceux que j’ai appris à l’école ou même le nom de leurs auteurs. Mais j’ai retrouvé sur le net celui-ci que je trouve beau par l’analogie avec le Piton de la Fournaise, le volcan encore actif de l’île Bourbon:

Les flamboyants

Bruissements, soupirs des arbres dans la brise,
Sons aigus des bambous, ingénu festival
Qui naît lorsque l’excès de la chaleur se brise,
C’est la fin rude encor d’un long jour estival ;
Le crépuscule accuse une large blessure ;
Un prodige a surgi que nul n’a su prévoir :
Exaltant la couleur, hors de toute mesure,
Fleuris, les flamboyants se dressent dans le soir.
Admirez le tapis ruisselant d’écarlate
Qui met dans l’air ému sa riche éclosion !
Ou ne dirait-on pas, quand un cratère éclate,
Comme un brûlant bassin de lave en fusion ?

Le couchant, mort au ciel, jaillirait-il de terre ?
Cette pourpre, ces tons rutilants et vainqueurs,
Ces scintillants rubis que le feuillage enserre,
Émanent-ils des cœurs meurtris, de tous les cœurs
Qui saignent dans la mort et, par les lois fatales,
Épuisent leur martyr dans les fleurs jusqu’au bout ?
Flamboyants, est-il vrai que vos ardents pétales,

Embrasés, atteignant au faste le plus fou,
Ont trempé dans nos maux et baigné dans les crimes ?
Votre éclat triomphal s’avive à notre deuil,
Flamboyants qui voulez un monceau de victimes
Pour nourrir votre pompe et votre avide orgueil !
Et votre floraison tient de l’apothéose ;
Votre étalage s’enfle, il s’accroît, dilaté
Chaque fois que la brise ondoyante s’y pose ;
L’œil se trouble à s’emplir de votre majesté,
Flamboyants somptueux dont l’ardeur irradie !

Aussi, quand sur le ciel d’été se déployant,
Un vieillard aperçoit la lueur d’incendie
Que cet arbre enflammé, le cruel flamboyant
Allume, son regard averti devient sombre ;
Son souvenir l’attache, en rappels singuliers,
A l’effroi de la peste et des malheurs sans nombre
Qui, rués sur les toits, les vident par milliers.

Jean Ricquebourg, Ciel d’Annam, 1936

Le crépuscule du flamboyant

Mais, ça c’est la période faste. Après, il se déplume complètement, plus de fleurs, et plus grand chose comme feuilles. Seules quelques immenses gousses (jusqu’à 60 cm de long quand même) pendouillent à ses branches d’arbre fantôme. C’est sur la route des Trois-Ilets que j’ai d’ailleurs fait ma récolte. La route est bordée de flamboyants qui offrent à qui veut, de ramasser les gousses remplies de graines précieuses pour confectionner les bijoux et colliers.

L'heure de la récolte

L’heure de la récolte

Oui, encore mes colliers de graines, ça devient une obsession. Mais cette fois, je vais laisser sécher ma récolte plus longtemps pour éviter le fiasco du bracelet en graines de Saman (il a gonflé avec l’eau de mer, lors d’une plongée. Foutu.). Les graines du flamboyant sont sublimes. Déjà leur forme, tout en longueur est atypique et permet des compositions plutôt sympa en association avec des graines plus petites. Elles sont bicolores, donc à nous les jeux de couleurs. Seul inconvénient, elles peuvent être infestées. De termites.

Le flamboyant, un arbre à termites

Oui, le flamboyant est un arbre à termites. C’est moins sexy que d’être un arbre à iguanes comme le Saman, mais c’est la vie. C’est pour cela que l’on déconseille son utilisation pour réaliser des objets de déco. Je pense notamment au jour où j’ai essayé de récupérer un tronçon avec un gars qui était en train de débiter le tronc épais d’un beau spécimen tombé après la tempête tropicale l’été dernier. Il m’a demandé pour quoi faire. Je lui explique mon projet en forme de pied de lampe. Et là, il refuse. Je reste interdite, incrédule, mais pourquoi donc ? Il m’explique que le bois des flamboyants est souvent prisé par les termites. Il est donc déconseillé de le faire entrer chez soit. Il me ramènera plutôt du Mahogany. Ouf, je l’ai échappé belle. Ca mange tout les termites. Elles auraient peut-être même attaqué mes belles lampes en calebasse. D’ailleurs, un ami m’a raconté une petite histoire pas drôle : une de ses connaissances avait récolté pleins de graines de flamboyant qu’il a mises dans un bocal, en attendant de les utiliser. Un laps de temps écoulé, quand il a voulu s’en occuper, il a retrouvé le bocal à moitié vide : les termites avaient tout grignoté, transformant en sciure la jolie récolte. Aïe.

Pourvu que les miennes ne subissent pas le même sort!

Pourvu que les miennes ne subissent pas le même sort!

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4 comments

  • Encore une découverte car je ne connaissais que le nom de cet arbre. J’ai beaucoup aimé ce post, documenté comme d’habitude, mais avec une pause poétique et quelques anectodes du quotidien. Un post vivant en somme. Et, tu pourrais peut-être te fabriquer un didgeridoo avec une branche pleine de termites 😉
    • Eh eh! En fait tu n’es pas loin du compte. Il est possible de fabriquer une sorte de maracas (je ne connais pas le nom) avec les gousses bien séchées. Car en séchant, les graines se détachent à l’intérieur, et ça fait un genre de percussion
  • J’avais ramené des gousses de flamboyant lors d’un de mes séjours mais heureusement je n’ai pas eu de termites . Je l’ai échappé belle !
    • oulah effectivement! Les contraintes d’importation des végétaux par les particuliers sont moins strictes dans le sens outre-mer >> métropole que l’inverse, mais il est toujours important de s’assurer que le matériel végétal est sain. Globalement, le moins risqué, ce sont les graines. Ca me donne l’occasion de faire un petit point, peut-être que j’en ferais un article, c’est important.
      Dans le sens métropole >> outre-mer, par contre, l’importation est tout simplement interdite. En effet, l’introduction d’organismes nuisibles sur une île peut avoir des conséquences désastreuses. C’est le cas du problème du psylle (le vecteur) et de la maladie des agrumes (greening ou HLB) que l’on connaît actuellement en Martinique. Par chance, elle semble contenue, notamment grâce au fait qu’une minuscule guêpe, qui parasite l’insecte vecteur de la maladie, a été introduite avec! En Floride, par contre, ils rigolent moins.

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