Des champs de tabac au fameux cigare cubain : 7 raisons de se mettre à fumer

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Je suis non fumeuse. Mais je vais peut-être revoir ma position suite à cette escapade cubaine. Ici, en effet, on sent que le tabac, ce n’est pas juste la clope bourrée d’additifs que l’on prend entre deux rendez-vous pour « déstresser ». C’est un véritable art de vivre. Un art tout court : celui de rouler les feuilles de tabac, celui de prendre le temps de déguster un cigare au coin d’une véranda sur un rocking-chair en écoutant à la tombée de la nuit le chant des grenouilles. Vous y êtes ?

Attention, un petit accent polémique s’est glissé subrepticement dans cet article 😉

1. Une pratique culturale séculaire

 

En fait, la culture du tabac ne date pas d’hier. Ce sont les indiens caraïbes (originaires d’Amérique du Sud) qui peuplent les Antilles à partir du IXème siècle, qui ont légué leurs savoirs et savoir-faire, agricoles notamment. La culture du tabac existait donc bien avant le passage de Christophe Colomb. D’ailleurs la célèbre marque « Cohiba » signifie « feuille de tabac” en indien Taïno. Cette culture s’est poursuivie, sélectionnant progressivement à la fois les meilleurs plants et les parcelles les plus adaptées. Aujourd’hui, c’est la variété Criollo, typiquement cubaine, qui est plantée.

 

De minuscules graines de tabac, en direct des plants en fleur que l'on voit sur la photo du haut

De minuscules graines de tabac, en direct des plants en fleur que l’on voit sur la photo du haut

Concrètement, comment ça se passe ?

Alors, pas de chance, au mois de juin, période où j’y suis allée, les champs de tabac sont déjà récoltés. Ne subsistent que quelques plants utilisés pour produire des graines qui seront ressemées (oui, Monsanto apparemment n’y a pas encore mis le nez : on a le droit de ressemer sa propre récolte de tabac). En fait, le semis se fait en novembre, une fois que la saison des pluies est passée (et les cyclones aussi). On peut voir les plants de tabac en février-mars. Ca tombe bien, c’est aussi une excellente période pour venir aux Antilles, avant qu’il ne fasse trop chaud (voilà, c’était la page pub).

Donc, les feuilles qui étaient encore dans les séchoirs fin juin étaient sans-doute des égarées ou alors simplement là pour les visiteurs curieux.

 

2. Le terroir cubain exceptionnel pour un tabac exceptionnel

 

Ce qui fait, apparemment la qualité inégalable du cigare cubain, le « Habano », c’est la qualité des feuilles de tabac. Et cette qualité est due au sol très particulier que l’on trouve dans la région du Pinar del Rio, à l’ouest de la Havane, aux alentours de Viñales. La région de Viñales présente des terres rouges très fertiles, parsemées de mogotes, des buttes calcaires, creusées d’innombrables grottes. Le paysage, très caractéristique de cette région de Cuba est rapproché de paysages d’Asie par certains. Dans mon groupe, quelqu’un a évoqué la similitude avec la baie d’Along, mais sans l’eau !

Ce serait l’ultime secret qui explique qu’on ne peut pas produire ailleurs des cigares d’une qualité comparable. Difficile effectivement de réunir les mêmes conditions pédo-climatiques ailleurs dans le monde. Comme j’aime ces produits agricoles de grande qualité qui puisent leur essence dans un terroir, dans un lieu particulier, dans un savoir-faire transmis de génération en génération, comme le bon vin de France !… mais je m’égare. Revenons à nos cigares.

 

Paysage de Viñales: au premier plan, le tabac, puis la terre rouge et au fond les mogotes calcaires

Paysage de Viñales: au premier plan, le tabac, puis la terre rouge et au fond les mogotes calcaires

 

3. A chaque producteur sa « recette » pour la macération

 

Dans le paysage, on repère de loin les séchoirs à tabac ou casas de tabaco. Ce sont des bâtiments triangulaires, avec un toit de palme, qui semblent perdus au milieu des plantations. Les feuilles récoltées sont placées là sur des poutres, en bouquet pendant environ 2 mois avant d’être sèches. Elles sont de trois types, récoltées à des moments différents : les feuilles du haut de la plante, du bas (libre de pie) et du milieu. Ce sont les premières qui sont les plus fortes en goût.

 

Casa del tabaco (séchoir) et feuilles de tabac en train de sécher, Viñales, Cuba

Casa del tabaco (séchoir) et feuilles de tabac en train de sécher, Viñales, Cuba

Ensuite, c’est l’étape de macération. Là, chacun a sa petite préparation-maison avec laquelle il humidifie les feuilles pour leur donner des arômes (vanille, rhum, miel…) avant la fermentation.

4. Pour tous les goûts : le secret est sous la cape

Attention, toutes les feuilles ne se valent pas. Et à chaque feuille sa place. N’allez pas penser qu’on roule un cigare en prenant comme ça trois feuilles séchées et fermentées et hop ! Non, non, non.

En plus de la recette de la macération, le savoir-faire prend toute son importance ici, dans le choix des feuilles et leur association qui va permettre de confectionner un cigare plus ou moins fort. Et bien sûr, la technique en elle-même et sa maîtrise. La rapidité se voit sur les photos : je n’ai pas réussi à capturer une image nette des mains en pleine action !

Il y a d’abord la cape, qui est la feuille qui se retrouve à l’extérieur du cigare.

Dessous, il y a la sous-cape.

Et à l’intérieur, ce qui constitue le corps du cigare : la tripe.

Il commence par rouler la tripe, qui dans notre cas est composée de deux feuilles du milieu et d’une feuille de pied (le cigare ne sera pas trop fort). Auparavant, il avait pris soin d’enlever la nervure centrale des feuilles. Puis il ajoute la sous-cape et la cape. Plusieurs fois il coupe et tourne son ouvrage, mais ça va bien trop vite ! Avant d’avoir eu le temps de comprendre, les feuilles sont métamorphosées en cigare sous la dextérité de ses doigts.

 

1- Enlever la nervure centrale; 2- superposer et égaliser; 3- rouler; 4-couper encore

1- Enlever la nervure centrale; 2- superposer et égaliser; 3- rouler; 4-couper encore

 

5. Pour toutes les bourses : des marques de luxe et des petits producteurs

Pratiquement toute la production est vendue à l’Etat. Nous sommes ici dans un pays communiste. Et cette production va être transformée par les grandes entreprises-d’Etat. Mais l’agriculteur a droit de conserver une partie de sa production, 10% de ce que j’ai compris. Et cette production, il a le droit de la vendre pour son propre compte directement.

L’agriculteur chez qui j’étais, nous a expliqué que c’est le même tabac que celui qui nous a fait goûter qui se retrouve dans les cigares de grandes marques, chez Partagas, Cohiba ou encore Montecristo (ça vous rappelle pas quelques films?).

 

Concrètement, le prix d’un cigare reste un mystère pour moi. Chez l’agriculteur, j’ai payé 25 CUC (les pesos convertibles) soit un peu moins de 25 € pour 12 cigares. Soit 2 € le cigare. Lorsque je me suis baladée toute seule dans la campagne cubaine, les cigares étaient vendus 7 pesos, soit environ 0,25 CUC dans les magasins d’Etat. Et en ville, dans les boutiques qui vendent les cigares de marque, vous pouvez compter 8 à 10 € pour les plus chers (un seul !!!). Ce qui explique que du touriste à l’ouvrier cubain, vous pouvez voir tout le monde avec un cigare au bec ! Quant à la qualité des uns et des autres, franchement, je ne suis pas assez savante pour en juger. Pour l’instant…

 

6. Le goût d’un cigare- la première dégustation

 

Totale concentration les yeux dans le vide: je veux juste ne pas m'étouffer

Totale concentration les yeux dans le vide: je veux juste ne pas m’étouffer

Venons-en à l’essentiel : quel goût pour ce premier cigare ?

 

Au début, j’essaye d’aspirer un peu, et rien ne vient. Il faut y aller plus fort. Je ré-essaye, un peu plus énergiquement, et je recrache la fumée. Et là surprise, ça n’a pas du tout le goût ni l’odeur que j’imaginais. Surtout le goût délicieux qui reste dans la bouche, un parfum de caramel je dirai. C’est vraiment agréable, et très naturel, rien à voir avec les tabacs parfumés que l’on met dans les chichas, rien à voir avec la cigarette et son goût abominable.

 

A ceux qui comme moi ne fument pas et se posent sans doute quelques questions pratiques, voilà le mode d’emploi (notez que je n’ai pas réussi à appliquer la moitié des conseils) :

  • Surtout, première chose « elle est où la têtête, elle est où la queuqueue ? » N’allez surtout pas allumer votre cigare du mauvais côté. Alors c’est vrai que la plupart du temps, il y a un bout qui est fermé et qu’il faut couper et c’est ce bout-là qu’on prend dans la bouche. Vous-vous demandez ce qu’il se passe si on fait l’inverse ? Ben d’après ce qu’on m’a décrit, c’est la cata : le cigare se déroule et vous vous retrouvez avec un éventail dans la bouche… adieu votre beau cigare cubain hors de prix.
  • Il ne faut pas avaler la fumée, il faut crapauter. Alors, les vrais fumeurs auront peut-être du mal, débutants : bienvenue ! C’est beaucoup plus facile.
  • Le cigare se divise en 3 parties. On fume les deux premiers tiers, mais le dernier, il faut le laisser car il sert de filtre. Ce n’est pas une science exacte, mais au bout d’un moment, le goût change et devient assez désagréable : c’est le moment d’arrêter.
  • Il ne faut pas tapoter le cigare pour faire tomber la cendre : ça ne se fait pas, et puis c’est tout. Elle tombe quand elle veut. Ca pose tout de même une question : comment on fait pour ne pas salir le canap’ ?
  • Le cigare se tient dans le trou formé naturellement par les dents après la canine. Il faut le caler là, sans le mordre, sans baver dessus (on reste élégant tout de même) et sans l’enfoncer. Et on n’y touche plus. En théorie.

 

7. Et si fumer était bon pour la santé ?

 

Finalement, regardant le tabac avec un œil neuf, je me suis demandée comment quelque chose qui avait aussi bon goût, était totalement naturel, à base de plantes, pouvait être aussi mauvais pour la santé qu’on le dit. Et je me suis rendue compte, que selon les époques et les lieux, tout le monde ne voyait pas dans le tabac qu’un danger mortel.

cigare-cubainEn effet, certains lui attribuent même des vertus médicinales. A commencer par Catherine de Médicis, à qui un certain Jean Nicot (d’où le nom du tabac, Nicotiana tabacum) avait ramené de la poudre de tabac pour soigner ses migraines. Et puis en Amazonie, où le tabac est considéré comme une plante médicinale majeure. Au Rwanda, on a recours à ses feuilles pour soigner coqueluches et empoisonnements. Au Congo, le jus de Tabac soulage les douleurs rhumatismales (Plantes Médicinales du Monde, Boullard). Et puis en France aussi, quelle surprise. Des études ont montré des corrélations troublantes entre la consommation de tabac et une moindre prévalence de certaines maladies… Et on la trouve même en homéopathie pour traiter nausées et vomissements, notamment celles de la grossesse !

Finalement, comme toutes les plantes, elle a sûrement son utilité dans le cadre d’une consommation ponctuelle, bien loin de la consommation frénétique qu’en font certains sous une forme manufacturée/industrialisée. Car le tabac reste indiscutablement lié à l’apparition de cancers du poumon.

 

 

Et vous, qu’en pensez-vous ? Ca vous a donné envie d’essayer ? Dites-le moi dans les commentaires !

 

 

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5 comments

  • Bonjour Cécile,

    Je prépare mon voyage à Cuba prévu pour avril 2016, et je me demande à quoi ressemblent les paysages de plantations de tabac et de cannes à sucre.
    Merci beaucoup

    • Bonjour , préparer, c’est déjà voyager un peu. C’est une destination magnifique. En plus en avril, vous aurez plus de chance que moi (je suis partie en juin, et les champs avaient déjà été récoltés) 🙂
  • Une mauvaise manip…je reprends !
    …du tabac. (C’est mieux ainsi !).
    Il est vrai que le tabac est consommé depuis toujours, mais pas celui que l’on achète avec tous ses additifs, parfums, substances addictives, etc…la liste est longue. Il est l’objet du calumet de la paix et autres cérémonies.
    Mais vanter le tabac, comment oser 😉
    Je trouve que tu as raison de remettre la plante et son utilisation dans son contexte, éloigné de la mauvaise conscience comme c’est toujours le cas.
    Je fume malheureusement depuis bien longtemps, question de génération sans doute, de volonté diront certains, bref, je n’en suis pas fière, loin de là, mais pas honteuse non plus, c’est une drogue certaine qui provoque sans doute l’une des plus grande dépendance. Une vraie compagne mortelle…
    Il faudrait être capable de lui redonner sa place, de plante, que l’on consomme juste à des moments privilégiés. Mais pour cela, il faudrait une plante non modifiée par l’industrie….
    Un commentaire sans doute un peu long par une adepte de l’alimentation saine et de la médecine phyto, mais pas parfaite !
    Je trouve que c’est bien de publier aussi des pots sur des plantes dites nocives (je pense que tout dépend de la plante et de sa transformation et de l’usage qu’on en fait).
    • Merci pour ce témoignage Clémentine! On te sent un peu hésitante sur la position à tenir 😉

      Effectivement, mon propos c’est de dire que pas plus qu’une autre plante elle ne mérite d’être diabolisée et que si elle est si nocive aujourd’hui, c’est peut-être à cause du procédé de transformation… au même titre qu’un tas de pauvres légumes farcis de pesticides finalement. Alors, si consommer du tabac n’était pas si incompatible que ça quand on est « écolo-bio-manger-sain »?
      Le tout est de trouver du tabac qui répond à des critères exigeants et d’en faire une conso raisonnée (facile à dire quand on ne fume pas!)

      Bon après, il y a un sujet que je n’ai pas creusé, c’est que la nicotine est tout de même un insecticide assez puissant, efficace et… interdit en France.

  • Très intéressant cet article sur le tabac cubain, même si certainement polémique en effet (mais, tu aimes bien ça, non ?).
    Je découvre le goût de caramel dans ton article, car pour moi, l’odeur du cigare est insupportable, mais sans doute cela change avec la qualité du tab

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