De l’urgence de recréer du lien entre l’homme et les plantes

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Toutes les aberrations actuelles- culture d’OGM, vente de semences stériles, destruction des sols, utilisation massives de produits chimiques de synthèse, malbouffe etc.- ont été rendues possibles par l’éloignement physique d’abord, et « idéologique » dans un deuxième temps, des hommes de la nature. De fait, il est devenu urgent de recréer un lien fort, individuellement avec les plantes, condition sine qua non de la réussite des projets de transition écologique à l’échelle nationale et mondiale.

Comment on en est arrivés là ? Ou l’origine de l’humain « hors-sol » qui court comme une poule sans tête

En dissociant la ressource primaire du mode d’approvisionnement, en morcelant les filières et en rallongeant les circuits de distribution au profit de nombreux intermédiaires, on a fait de l’humain « hors sol ». Élevé sur du bitume (pourquoi les défenseurs des animaux ne s’inquiètent que pour les poules?), l’homme a perdu le sens des réalités : sa source de nourriture ? Le supermarché. Son alimentation ? Prédécoupée, transformée, packagée par les soins de l’industrie agroalimentaire. La nature ? Au mieux réduite à un jardin d’agrément, ou à un pot de fleur sur le balcon, ou au carré d’herbe desséchée sur lequel on fait pisser le chien.

Alors que je bossais encore sur Lyon dans une boîte prônant un développement durable, une collègue a eu une réflexion qui m’a terriblement marquée. Un jour alors que l’on discutait loisirs, et que je partageais mon goût de la randonnée et des grands espaces que cette région offre en abondance, elle m’a répondu à peu près ceci : « oulalah, moi je préfère la ville. Franchement, y a rien à faire à la campagne. Pas de ciné, pas de magasin, nulle part où « sortir » (comprendre se montrer)… la nature, c’est bien mais à la télé ! » Ah ah ah. Je ris jaune en y repensant. Même 6 ans plus tard.

Dans la même phrase elle a réussi l’exploit de résumer le rejet de la nature auquel conduisent les impératifs à la surconsommation et à la surenchère du paraître. Et pourtant, une large majorité de gens pensent exactement la même chose. Ils le pensent en se rasant le matin, elles le pensent en se maquillant, ils le pensent devant le hamburger-frites du mercredi, elles le pensent devant leur salade verte veggy, ils le pensent devant le JT du soir, et elles le pensent en écoutant Chérie FM. Parce que tout ce qui est inutile est devenu indispensable, et que l’indispensable est devenu secondaire. Parce que la consommation des biens inutiles augmente le PIB et donc la croissance et permet à notre pays de briller sur la scène mondiale et à nos concitoyens d’atteindre des taux records de consommation d’antidépresseur. L’échelle de valeur est faussée et nous sommes lésés.

Pourquoi ? Parce qu’un lien fondamental, celui de l’homme et de la nature, a été cassé. Et qu’il faut le recréer. Je suis persuadée que c’est le levier nécessaire à un changement de fond.

 

Les plantes médicinales comme vecteur de lien entre l’homme et la nature

Les plantes médicinales ont cette capacité intrinsèque de recréer un lien fort entre les hommes et leur environnement. Parce qu’elles sont utiles et répondent à des préoccupations essentielles pour tout un chacun (la santé n’est-elle pas notre bien le plus précieux?). Parce qu’elles ont à la fois la reconnaissance de la science qui a prouvé leur efficacité et reconnu leurs propriétés et un historique d’usages qui s’inscrit dans nos traditions familiales ou régionales. Parce qu’elles sont souvent capables d’apporter un soulagement là où les autres méthodes ont échoué. Parce qu’elles sont gratuites et accessibles à tous.

Pour toutes ces raisons, je suis persuadée que la transmission du savoir lié aux plantes médicinales peut changer la donne, et faire pencher la balance en faveur de l’environnement. Car quand on s’intéresse à ces plantes, qu’on les utilise, on ne peut qu’être attentif au milieu dans lequel elles poussent et qui risque d’impacter notre santé : on n’irait pas sciemment consommer pour se soigner une plante imbibée d’hydrocarbures ou de pesticides !

D’autre part, comme l’évoquait Terrasson dans son excellent bouquin La peur de la nature : Au plus profond de notre inconscient, les vraies causes de la destruction de la nature, il y a une peur ancestrale, inscrite dans nos gènes, presque, de la nature. Parce qu’on nous l’a inculqué : c’est dangereux de cueillir une plante dans la nature, c’est sale, ça peut être toxique, on peut attrapper des maladies ! Bizarrement on s’inquiète beaucoup moins de la liste des effets secondaires longue comme le bras d’un médoc acheté chez son pharmacien…

C’est donc la peur, la méconnaissance, la méfiance qui nous amène – bêtement- à détruire notre propre environnement, notre lieu de vie, par des choix pas toujours très judicieux.

Ce qui fait sens pour ce blog

Par le biais de ce blog, je souhaite donc transmettre le savoir lié aux plantes médicinales et à leurs usages pour donner les moyens à chacun de se réapproprier sa santé et de retrouver un lien direct avec la nature. On n’a pas envie de détruire ce qui nous est utile. Et on n’a plus peur de ce qu’on connaît.

En espérant que ma modeste contribution amène le plus grand nombre de personnes possible à retrouver ce lien sacré, indispensable, cette conscience de notre inter-relation au vivant et plus particulièrement la conscience de notre dépendance vis à vis des plantes, dans tous les aspects du quotidien : ce qu’on mange bien sûr, mais aussi l’air qu’on respire (la photosynthèse), le bois de chauffe ou de construction, nos vêtements de coton, notre santé avec ces médicaments dont les molécules trouvent leur origine dans le monde végétal…. Ce n’est pas un discours mystique ou spirituel. Ni une lubbie de bobo parisien ou de cosméteuse branchée. C’est une nécessité vitale, pour la collectivité mais aussi individuellement pour notre santé, notre bien-être, notre bonheur. D’après les spécialistes ès-bonheur, rien de mieux pour être heureux que d’éprouver de la reconnaissance. Or la nature et les plantes en particulier nous donne chaque jour mille raisons d’éprouver ce sentiment.

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Recherches utilisées pour trouver cet article:condition ecologie du giraumon

8 comments

  • Un vrai coup de gueule comme je les aime. Il y en a plus d’un qui doit se sentir mal dans ses pompes après avoir lu cet article qui reflète malheureusement la réalité. Merci pour cet article que certain devrait afficher sur leur miroir pour le prendre en pleine figure tous les matins.
    • Merci Marie-Ange! Malheureusement, j’ai bien peur ne ne toucher que des gens déjà convaincus avec cet article. Toujours difficile d’aller toucher des personnes qui ne mettront jamais les pieds sur un blog qui parle de plantes… Il faut que j’aille semer ailleurs sur la toile 🙂
  • Très joli article à l’honneur des plantes médicinales et de la nature d’une manière plus générale.
    Je pense également qu’il est important, voire nécessaire, d’essayer d’attiser l’intérêt, ou au moins le respect de celle-ci, mais le chemin est long et parfois décourageant.
    Je passe beaucoup de temps à marcher et cueillir en veillant à le faire l’après-midi, après le passage des abeilles, en veillant à ne pas « dépouiller » une plante, mais je vois tout autour de moi une nature abimée par l’homme. J’habite dans une vaste zone de garrigue, et je constate que le respect de son environnement est encore plus éloigné des préoccupations dans le monde rural. C’est peut-être idiot, mais la vue d’un pin à moitié arraché par les lames d’une élagueuse m’attriste profondément, une empathie existe avec le monde végétal.
    D’ailleurs, les fleurs de Bach fonctionnent très bien avec le stress végétal, comme la musique. Elles vivent et les chercheurs ont maintenant montré qu’elles communiquent également.
    Je suis toujours impressionnée par ce que les plantes nous offrent, et respectueuse de ces multiples cadeaux.

    Merci pour ton bel article !

    • Et merci pour ce commentaire tout aussi beau. Combien je te comprend quand tu parles des pins blessés… Mais il faut être positif! Les plantes sont pleines de ressources, de stratégies toutes plus extraordinaires pour s’accrocher à la vie. Premières sur la conquête des espaces abandonnés ou détruits par l’homme ou les caprices de la nature (ex des éruptions volcaniques). Pionnières, elles forcent aussi le respect par leur endurance, leur longévité, et comme l’exprime si bien dans son documentaire « Il était une fois la forêt » Francis Hallé, elles sont peut-être immobiles, mais elles ont tout le temps pour elles. On ne vit pas sur la même échelle!
  • Super article! Je suis de cette avis où l’homme a besoin de la nature pour vivre mais pas seulement pour se nourrir mais pour se régénérer. Plus j’y pense plus j’aimerais me former aux plantes médicinales pour calmer les maux du corps. rien de bien spécifiques mais savoir quels genre de tisanes prendre contre un mal de ventre… Bref, belles articles, belles reflexions et j’espère que tu arriveras par ce blog convaincre de plus en plsu de monde qu’ils ont besoin de la nature pour se régénérer.
    Une fille des iles amoureuse de grands espaces et beaux paysages.
    • Merci pour les encouragements Onlagirl! N’hésites pas, formes-toi! Ca n’est jamais du temps de perdu et c’est passionnant. D’abord les livres, j’en conseille ici et là dans les articles qui sont vraiment des références pour débuter. Et puis surtout, essayes de rejoindre une association. C’est comme ça que l’on apprend le mieux et le plus vite. Ici en Martinique il y a l’Avaplamar, à la Réunion il y a aussi des groupes, notamment sur Facebook (les tisaneurs)… où es-tu géographiquement? Je peux peut-être t’orienter? N’hésites pas! Et j’espère que ce blog t’en apprendra aussi un peu plus!
  • Super article ! Merci !

    Je suis animatrice nature… en ville ! Mon rôle est de faire découvrir la nature, le développement durable et l’environnement aux petits et aux grands qui vivent en milieu urbain et je suis choquée de voir à quel point certaines personnes sont détachées de la nature, s’en sont éloignées et notamment les jeunes.

    Quand j’essaie d’expliquer aux enfants que la nature nous apporte de la nourriture, de l’eau et de l’oxygène; bref, la vie quoi ! j’ai des mines ahuris et des réactions parfois inattendu …
    Pour la petite anecdote, un ado m’a répondu un jour que je disais n’importe quoi car on trouverait toujours de la nourriture chez AU**AN même si la nature venait à disparaître! C’est dire à quel point, ils n’ont pas conscience du rôle de la Terre et que certains sont déconnectés.

    Tout comme toi, avec mon modeste blog, j’essaie de faire découvrir aux gens que la nature nous est indispensable pour vivre et j’essaie aussi de trouver des pistes pour limiter notre empreinte écologique (en faisant un max de chose soi-même, en privilégiant et faisant la promotion de producteurs locaux…).

    Je t’avoue que je suis parfois un peu découragé mais je crois que toute participation, même modeste, est indispensable pour faire évoluer les mentalités et essayer de reconnecter les humains avec la nature.

    • Merci pour ce témoignage! Effectivement avec ton métier tu dois en entendre de belles. Et je comprend tout à fait ce que tu peux ressentir; pas toujours facile de se ressourcer et de redonner de l’énergie dans l’animation quand on a l’impression que rien n’avance… ceci dit ce que tu fais à la fois à la vie et devant ton écran contribue, fait des vagues, ricoche…. et porte ses fruits, j’en suis certaine. Bon courage et surtout continuons!

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